J'avais un vieux tonton d'Amérique, qui doit maintenant être six pieds sous terre depuis une dizaine d'années. De ce que j'ai entendu,
il avait eu une belle vie et une belle mort. Je l'ai vu une fois, c'était un petit homme vif et très chic, il se portait plutôt bien car sacré bon vivant. C'était aussi un moulin à
parole comme j'en ai rarement croisé. Il vous noyait sous les histoires qu'on écoutait attentivement, se moquant bien de savoir le vrai du faux, la véracité des faits et tout ce qu'il y
rajoutait par dessus. Il faut dire qu'il avait été un diplomate de très haut rang dans les affaires étrangères américaines et qu'à ce titre, il avait vu défiler à Washington tous les plus
grands. Ce devait être le Noel 1990, j'était encore gamin, il avait traversait l'Atlantique pour visiter mes grand parents, il m'avait porté un Walkman, mais sans cassette. Alors mon père
qui en était encore aux 33 tours avait sorti de je ne sais quel tiroir une vieille compil des premiers Beatles quand ils avaient la coupe au bol et qu'ils faisaient hurler les petites, genre Love
me do, I want to hold your hand et tout ça. Alors évidemment l'Uncle l'intercepte pour voir ce que c'est "Ah vous savez que c'est grace à eux qu'il n'y a pas eu de troisième guerre mondiale ?"
Personne répond, mais il raconte quand même.
A l'époque, les méchants, c'était pas les Islamistes barbus mais les
Communistes moustachus. Et les gentils, ben c'était déjà eux les Américains. Les cocos comme disait mon oncle étaient aigris parce qu'ils étaient moches et pauvres, qu'ils avaient des voitures
qui étaient le degré zéro du désign et que chez eux, il gelait toute l'année. Aux USA, à l'époque, tout le monde avait un sosie de Marylin Monroe assis sur le siège passager de sa Ford
Mustang décapotable, ils étaient toute une nation de gens magnifiques. La vie était douce, ils aimaient déconner et se moquer des cocos, sauf que les cocos, ils étaient armés jusqu'aux
dents. Une nuit, les Yankees étaient allés chez Fidel Castro, un voisin pro-coco et lui avaient rasé sa barbe. Dix minutes après que ce dernier se soit vu dans la glace
le lendemain matin, toute une batterie de missiles était pointé sur le pays béni des Dieux. De quoi faire ressembler la Floride aux steppes Kazakhes, alors il avait fallu déployer toute
la diplomatie pour que la blague ne tourne pas au drame. Mais ce n'étaient rien par rapport à la crise de 1967. Là comme par hasard, il se rappelait plus pourquoi ça chauffait, mais ça
chauffait sévère, encore les cocos qui manquaient d'humour. En fait, c'était clair qu'ils étaient comme deux gamins qui se battent pour savoir qui qu'a la plus grosse. Bref, la sagesse reprend un
peu le dessus, Lyndon
Johnson et Brejnev décident de se rencontrer pour
régler tout ça, ils sont dans un manoir dans la campagne anglaise, avec l'oncle et quelques autres diplomates des deux bords. Et là ça dérape, Brejnev encaisse pas une remarque comme quoi les
uniformes soviétiques sont pas très funky "Comment ça, il est pas funky mon uniforme, je vais appuyer sur le bouton rouge, ça va swinguer par chez vous" et
blahblahblah, il est tout rouge le Leonid. Et là la Marseillaise résonne dans l'immense salon, tous les regards se tournent vers la porte d'entrée, il manquait plus que De Gaulle vienne ramener
sa science. Sous les yeux effarés des deux délégations, une fanfare fait éruption, les cymbales en premières suivis d'un tambourin puis du tuba, puis des Beatles, dans des vestes napoléoniennes
aux couleurs vives, et ils ont chanté tous en coeur "All you need is love, all you need is love, All you need is love, love, love is all you need" et Ringo Star se met entre Brejnev et son
conseiller Vlad l'Empaleur et les prend par les épaules. John Lennon dit "All together now" et voilà nos cocos qui tapent dans les mains et là, le bonheur qui apparait sur leur visage, Vlad
dévient aussi inoffensif qu'un Krishna. C'est une vrai communion, L'Amour réunit les belligérants dans un rare moment de grâce et d'allégresse, d'ailleurs, à ce moment là, dehors la pluie
s'est arrêtée comme par magie et le soleil s'est mis à briller, alors ils sont tous sortis dans le parc et ont fait une ronde sous l'arc en ciel, mon oncle, Brejnev, les Beatles, Johnson, Vlad
l'Empaleur, les autres diplomates et ils ont tous repris "Love, love, love, love, love, love, love, love, love"
Et c'est comme ça que grâce aux Beatles, la troisième guerre mondiale n'a pas eu lieu.
Ah oui, les Beatles viennent de se faire relifter et ça inspire pas mal la blogosphère.
La Centrifugeuse est une chouette salle de
spectacle situé dans le campus palois, certes sans personnalité, un grand cube noir, mais modulable, bien équipée, et avec une prog interessante. Ce soir, il y a plus de profs que d'étudiants, il
doit y avoir Dr House à la télé. On est en configuration amphithéâtre, et en bas, deux gars en face de leur kora, instrument à cordes de l'ouest africain. C'est Yann Tambour
alias
As tu déjà reçu un livre en cadeau ?
livres qui m'ont le plus marqué, ça te dit ?

J'ai pas mal parlé de la Maison Tellier dans le passé, aujourd'hui, je laisse la parole à
Raoul Tellier, guitare et banjo chez le collectif country folk normand. Il nous éclaire sur la musique qui l'a marqué au court de sa vie, des vacances en famille aux derniers
concerts vus. C'est un plagiat de la rubrique Mes disques à moi de Rock&Folk, oui, cétait les pages que je préférais quand je lisais le bouquin. Allez, je pose les questions en vert et Raoul
répond en blanc. Beaucoup de folk, mais pas mal de jazz aussi ...
Quelles
rencontres discographiques font qu'on s'interesse à la country/folk, est-ce Gram Parson ou Will Oldham que l'on retrouve dans Second
Souffle ?
des décénies. As tu des disques fétiches totalement improbables ? Des groupes psyché qui ont existé
15jours le temps d'enregistrer en 3 exemplaires un chef d'oeuvre cosmique (ou des trucs dans le style) ?
Si tu échouais sur une ile déserte ou il y
aurait tout de même une chaine hi-fi et un poteau électrique, quels trois disques regretterais tu de ne pas avoir sur toi ?

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