Jeudi 26 novembre 2009

Le supergroupe a souvent été sujet aux malentendus dans l'histoire du rock, ils font saliver les fans, qui inconsciemment additionnent les talents  alors que les musiciens, eux, y voient un moment de détente entre deux tournées mondiales, et les maisons de disques des dollars faciles. Par exemple, lorsque Jack White croise Alison Mosshart à l'anniversaire de Georges Clooney, il lui dit "Hey, t'es en ville demain aprem ? ça te dit qu'on enregistre l'album de l'année ?" à quoi elle répond " Oui mais on fait vite, j'ai piscine à 16h30" Alors ils font un bon disque sans se fouler, Sony ou un autre commence à teaser sur le web deux mois avant la sortie et les fans bavent en ajoutant à l'efficacité des White Stripes le charme sulfureux des Kills, puis au final Oui bof. Trois mois plus tard, Dave Grohl boit des bières chez Josh Homme quand on tape à la porte "Bonjour, je m'appelle John Paul Jones, je suis votre nouveau voisin, je viens d'aménager en face" à quoi le propiétaire des lieux répond "Hey John, tu saurais pas jouer de la basse par hasard , ça te dirais d'enregistrer l'album de l'année ?"  Et c'est reparti, les petits pois etc etc. Sauf que Them Crooked Vultures, c'est du lourd.

Au premier riff de guitare, on sent la chose narquoise et viscieuse, comme ce vautour cagneux qui vise les agneaux égarés plus bas. Pas besoin de s'énerver, pas besoin de violence inutile, tout est sous contrôle et c'en est que plus démoniaque. La sérénité négative qui émane de ce tourbillon va corrompre l'innocence qui bêle  dans la vallée et ça c'est bon ça, parce qu'elle nous emmerde cette conne, il y a pas plus hypocrite. Cette puissance tranquille désarçonne n'importe quel gros bourrin et déstabilise n'importe quel petit malin. Elle est irrésistible, et la dernière fois qu'elle s'était fait sentir, c'était sur le magmatique Songs for the Deaf des Reines de l'Age de Pierre, et c'était déjà Joshua Homme qui était aux commandes. Car oui, Them Crooked Vultures a beau être signé collectivement, difficile de ne pas reconnaitre la patte du génial géant roux, dans le classique comme dans l'intrigant, dans le massif comme dans le plus fin. Et bien que le disque commence dans le plus efficace et basique avant de finir par dans des directions différentes, entre rêveries frelatées et pop metaloide, l'ensemble conserve une étonnante unité. Une rythmique faussement calme qui pourrait vous sauter à la gorge d'ici peu, la voix de fausset de Josh Homme à l'aise, qui n'a aucun besoin de forcer pour faire sa loi. Facile, la classe désinvolte du début à la fin.

Voilà, c'est fini les supergroupes de supermusiciens qui se pointent la fleur au fusil pour la petite sauterie entre gens doués. Les trois n'avaient rien à prouver à personne et ils ont posé toute leur méchante  classe sur la chose, et la devise de la famille "Making the possible totally impossible" en dit long sur le mauvais esprit qui l'habite.



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Vendredi 20 novembre 2009




www.myspace.com/marsredsky - Desert rock from Bordeaux

(photos de  
Sébastien Bassin)

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Lundi 9 novembre 2009

J'avais un vieux tonton d'Amérique, qui doit maintenant être six pieds sous terre depuis une dizaine d'années. De ce que j'ai entendu, il avait eu une belle vie et une belle mort. Je l'ai vu une fois, c'était un petit homme vif et très chic, il se portait plutôt bien car sacré bon vivant.  C'était aussi un moulin à parole comme j'en ai rarement croisé. Il vous noyait sous les histoires qu'on écoutait attentivement, se moquant bien de savoir le vrai du faux, la véracité des faits et tout ce qu'il y rajoutait par dessus. Il faut dire qu'il avait été un diplomate de très haut rang dans les affaires étrangères américaines et qu'à ce titre, il avait vu défiler à Washington tous les plus grands. Ce devait être le Noel 1990, j'était encore gamin, il avait traversait l'Atlantique pour visiter mes grand parents, il m'avait porté un Walkman, mais sans cassette. Alors mon père qui en était encore aux 33 tours avait sorti de je ne sais quel tiroir une vieille compil des premiers Beatles quand ils avaient la coupe au bol et qu'ils faisaient hurler les petites, genre Love me do, I want to hold your hand et tout ça. Alors évidemment l'Uncle l'intercepte pour voir ce que c'est "Ah vous savez que c'est grace à eux qu'il n'y a pas eu de troisième guerre mondiale ?" Personne répond, mais il raconte quand même.

A l'époque, les méchants, c'était pas les Islamistes barbus mais les Communistes moustachus. Et les gentils, ben c'était déjà eux les Américains. Les cocos comme disait mon oncle étaient aigris parce qu'ils étaient moches et pauvres, qu'ils avaient des voitures qui étaient le degré zéro du désign et que chez eux, il gelait toute l'année. Aux USA, à l'époque, tout le monde avait un sosie de Marylin Monroe assis sur le siège passager de sa Ford Mustang décapotable, ils étaient toute une nation de gens magnifiques. La vie était douce, ils aimaient déconner et se moquer des cocos, sauf que les cocos, ils étaient armés jusqu'aux dents. Une nuit, les Yankees étaient allés chez Fidel Castro, un voisin pro-coco et lui avaient rasé sa barbe. Dix minutes après que ce dernier se soit vu dans la glace le lendemain matin, toute une batterie de missiles était pointé sur le pays béni des Dieux. De quoi faire ressembler la Floride aux steppes Kazakhes, alors il avait fallu déployer toute la diplomatie pour que la blague ne tourne pas au drame.  Mais ce n'étaient rien par rapport à la crise de 1967. Là comme par hasard, il se rappelait plus pourquoi ça chauffait, mais ça chauffait sévère, encore les cocos qui manquaient d'humour. En fait, c'était clair qu'ils étaient comme deux gamins qui se battent pour savoir qui qu'a la plus grosse. Bref, la sagesse reprend un peu le dessus, Lyndon Johnson et Brejnev décident de se rencontrer pour régler tout ça, ils sont dans un manoir dans la campagne anglaise, avec l'oncle et quelques autres diplomates des deux bords. Et là ça dérape, Brejnev encaisse pas une remarque comme quoi les uniformes soviétiques sont pas
très funky "Comment ça, il est pas funky mon uniforme, je vais appuyer sur le bouton rouge, ça va swinguer par chez vous" et blahblahblah, il est tout rouge le Leonid. Et là la Marseillaise résonne dans l'immense salon, tous les regards se tournent vers la porte d'entrée, il manquait plus que De Gaulle vienne ramener sa science. Sous les yeux effarés des deux délégations, une fanfare fait éruption, les cymbales en premières suivis d'un tambourin puis du tuba, puis des Beatles, dans des vestes napoléoniennes aux couleurs vives, et ils ont chanté tous en coeur "All you need is love, all you need is love, All you need is love, love, love is all you need" et Ringo Star se met entre Brejnev et son conseiller Vlad l'Empaleur et les prend par les épaules. John Lennon dit "All together now" et voilà nos cocos qui tapent dans les mains et là, le bonheur qui apparait sur leur visage, Vlad dévient aussi inoffensif qu'un Krishna. C'est une vrai communion, L'Amour réunit les belligérants dans un rare moment de grâce et d'allégresse, d'ailleurs, à ce moment là, dehors la pluie s'est arrêtée comme par magie et le soleil s'est mis à briller, alors ils sont tous sortis dans le parc et ont fait une ronde sous l'arc en ciel, mon oncle, Brejnev, les Beatles, Johnson, Vlad l'Empaleur, les autres diplomates et ils ont tous repris "Love, love, love, love, love, love, love, love, love"

Et c'est comme ça que grâce aux Beatles, la troisième guerre mondiale n'a pas eu lieu.


Ah oui, les Beatles viennent de se faire relifter et ça inspire pas mal la blogosphère.

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Jeudi 5 novembre 2009

... il n'y a que des lignes sans intérêt qui seraient sorties de ces disques qui le sont plus ou moins. Why? a perdu tout son groove ironique, Victorian America de Emily Jane White est long comme un jour de pluie incessante (aujourd'hui par exemple). Quant au retour de Wolfmother, je n'ai pas envie de le qualifier.
il y aurait bien ces illuminés, Edward Sharpe & the Magnetic Zeros, auteurs de cette joyeuse rengaine "Home ! Let me go home ! Home is wherever I'm with you !" qui vous reste dans la caboche.


Le reste bien que sympathique ne casserait pas trois pattes à un canard, le gourou y montrant même une face cachée, hantée par les âmes errantes de Monument Valley.
Alors j'écoute le Myspace de
The Dutchess & the Duke en attendant que leurs cds arrivent dans ma boîte aux lettres.

 

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Lundi 26 octobre 2009

La Centrifugeuse est une chouette salle de spectacle situé dans le campus palois, certes sans personnalité, un grand cube noir, mais modulable, bien équipée, et avec une prog interessante. Ce soir, il y a plus de profs que d'étudiants, il doit y avoir Dr House à la télé. On est en configuration amphithéâtre, et en bas, deux gars en face de leur kora, instrument à cordes de l'ouest africain. C'est Yann Tambour alias Thee Stranded Horse et Ballake Sissoko, maître de la discipline. Bêtement je m'attendais à voir un monsieur en longue tunique blanche, non il est en asics et pull camioneur. On va assister plus à un récital qu'à un concert, le public est attentif, les musiciens ultra-concentrés, le chant est rare et la musique transporte à mille lieux, sur les rives d'un fleuve symonyme de vie au milieu de terres asséchées. Elle est tout à fait paisible et le tempo reste quasi inexistant. Et pourtant, jamais la lassitude ne gagne l'assemblée tant l'osmose est belle entre les hommes et leur instrument, entre le maître, qui joue les yeux fermés, caresse les cordes, son visage respirant le bonheur et le petit scarabé, pourtant initiateur du projet mais qui fixe le soliste africain, le regard plein d'étoiles. Yann Tambour attrape aussi de temps en tant une guitare et dit qu'il a fini d'être sage. Le tempo ne s'enflamme pas mais s'intensifie. On assiste alors à la réunion du folk et de la kora et on ne sait plus si les roseaux qui s'agitent devant nous sont ceux du fleuve Colorado ou du Niger.

Et puis le lendemain, les tribunes sont retractées et l'électricité fut. Enfin pas tout de suite. Les texans de
Balmorhea étiqueté post rock donne plus dans un folk de chambre avec piano, violon, violoncelle, contre-basse et guitare ou banjo. La solennité de la chose est un peu glaçante, le ou la musicien(ne) qui ne joue pas reste comme pétrifié en attendant son tour. La musique est méticuleuse, elle est belle, mais ça s'envole que trop rarement, et il manque un peu de poussière dessus. Moi je suis désolé, mais je ne peux pas retenir mes baillements. Puis c'est au tour de Shannon Wright et de ses deux acolytes. Pour moi, une chanteuse américaine rock revient toujours vers le folk et la country, les clichés tombent ces jours ci. La dame est électrique et le son n'a rien de rebondi ou moelleux, il est cru. Elle commence par deux titres du nouvel album, le seul que je connaisse pour l'instant et chante sans retenue à gorge déployée quand il le faut. On ne voit quasiment pas son visage, caché derrière une densité capillaire plutôt impressionnante. C'est un peu le contenu du concert, Shannon Wright carresse l'auditoire avec du papier verre, je ne sais pas si elle en est consciente, si elle y prend du plaisir, je pense plutôt que c'est comme ça et pas autrement. Les choses changent lors du rappel, elle s'installe au piano pour trois morceaux toujours sans douceur. Elle a rabattu sa frange sur un côté, on voit un visage dur et marqué. Le groupe remonte pour un titre qui s'approche du Third de Portishead, elle hurle et se déforme comme une écorchée vive, puis finit seule, titube sur la largeur de la scène en martyrisant sa guitare. Pourquoi se faire tant de mal ? En tout cas, nous faire partager sa souffrance de la sorte, c'est pas sympa ...


Pour lire le compte rendu du concert lyonnais de Shannon Wright, vous pouvez aller chez Xavier et chez La bUze.



The Mountains

Aussi dépouillé et aussi plein de mille choses, Dieu que la voix de cette jeune californienne est une merveille. Si j'étais fou, je traverserais l'Atlantique sur le champ, d'ailleurs j'ai déjà de l'eau jusqu'à la taille.


http://www.myspace.com/mountainss

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