Vous croquerez avec plaisir dans le Teenage Fruit, il manque pas de gout. Il en change presque à chaque bouchée, sucré, épicé ou plus acide. Il est la
deuxième production des palois The Randy Mandys. Un trio à la base, le groupe joue désormais à quatre, le chanteur ayant refilé sa basse et investi dans un
clavier. Est ce l'influence des Lords of Altamont et Fleshtones passés dans le Béarn ces dernier temps ? Peut être pas mais n'empêche que ça donne une autre dimension à leur son. The Gig semble sorti du
dernier Hushpuppies alors que l'impeccable
Fucked in the Sun pourrait être leur morceau Kinksien, absolument indispensable à tout garage band qui se respecte, comme dirait l'autre. Oui oui mais bon, ils ont plus vingt ans
les gars et je pense pas que ça les intéresse, pas client des mèches vivelle, pas de trip "on dirait qu'on serait à London, 1966". Eux jouent et transpirent, pas de triche. Une bonne partie
du disque tend vers des trucs moins évident. Voix exubérante qui scande, qui crie et qui chante aussi avec beaucoup d'énergie la chair, le sexe, le rock'n'roll. Rythme saccadé et tendu, un
brin barré. Déconcertant mais fort appréciable. Champion pub est plus rentre dedans, offensif et entêtant en territoire Eighty Matchbox. Un des sommets de ce Teenage Fruit
défendu aux mous, entre revival et ambition, d'ailleurs vendu dans un pack vinyle / cd à prix généreux. Souhaitons maintenant aux Randy Mandys de se faire connaître un peu plus
au niveau national.
www.myspace.com/therandymandys
Angela Vidal présente une émission TV "Pendant que vous dormez" où elle suit des gens qui travaillent la nuit. Le
genre de truc qui doit occuper le créneau horaire 2h-3h de Planète No Limit. Ce soir, avec son fidèle caméraman Pablo, ils sont dans une caserne de pompiers. Ils nous présentent les lieux, la
soirée est calme, ils espèrent quand même pouvoir suivre les soldats du feu sur une intervention pas trop grave. La sirène retentie enfin, tout le monde embarque. Quelqu'un a entendu des cris
chez une vieille qui sort jamais de chez elle. Ils arrivent sur les lieux, la police est là et a réuni les habitants dans le hall d'entrée. L'équipe monte, doit forcer la porte, Mamie Conchita
est couverte de sang, hébétée, terrorisée. Le policier s'approche d'elle "ne craignez rien madame, ne craignez rien" elle se jette à son cou et le déchiquette. On l'évacue mais l'immeuble est
fermé. Il est mis en quarantaine. Personne ne sort pour l'instant. Un pompier resté en haut atterrit au rez de chaussé lui aussi salement amoché.
Et là c'est parti. Les habitants emprisonnés ont peur, ils s'offusquent, veulent des explications que personne ne
peut leur donner. Angela les excite, elle tient un sacré reportage "filme Pablo, t'as pas intérêt à en louper une minute" si ça se trouve elle va devenir journaliste vedette voire présentatrice
du kéno !!! Et puis les blessés se réveillent ultra agressifs. Ils ont le virus et veulent mordre pour le transmettre. Hystérie Terreur. Il faut sortir, ils sont bloqués. La caméra tremble, bouge
dans tous les sens. On entend la respiration difficile dans le micro. L'horreur est filmée de près dans cet endroit exigu. On n'est pas dans l'habituelle grande maison de campagne abandonnée au
fond des bois. On est dans un vieil immeuble de centre ville, avec escalier en colimaçon et couloirs étroits. Le film est claustro et éprouvant. Pas de place pour le gore marrant. La caméra est
passée en mode vision nocturne. Comment voulez vous que je dorme moi ensuite avec en tête cette vague silhouette squelettique qui flotte dans la nuit noire. Et Angela, qu'est ce qui t'arrive ? On
t'entend plus ! Et oui, tes rêves de kéno, face aux forces des ténèbres ne pèsent guère lourd …
L'imperfection peut avoir un charme fou et les 46 minutes 33 secondes de ce Moldy Peaches n'a pas dû nécessité des
mois et des mois de studios plein d'ingénieurs. Peut être 52 minutes. La sincérité de la chose et le plaisir du groupe sont donc évident et font qu'il séduit à coup sûr. On peut entendre la
chanteuse déguisée en lapin s'étrangler ou être pas loin du fou rire. 19 titres quand même dont pas mal de délires These burgers are crazy These burgers are crazy ... un espèce de folk
urbain (vous avez tous entendu le joli Anyone else but you récemment dans une pub pour je sais pas quoi) touchant bien qu'on se demande des fois s'ils seraient pas
en train de débiter des insanités, des morceaux plus rock mais tous ont un côté bricolage prononcé. D'ailleurs si le garage est originellement le rock que faisaient les gamins des 60's dans le
garage de leurs parents, alors la musique des Moldy Peaches doit être du T1 ou alors du Studio meublé. Parce qu'ils doivent pas avoir de garage ni de voitures a y mettre dedans.
Parce que pas besoin de chercher loin pour trouver les origines New Yorkaise de Kimya Dawson et Adam Green. Bien que le disque soit très personnel, les morceaux
rock font penser à Sonic Youth (Greyhound Bus), ils tentent un rap très Beastie Boys et même l'impitoyable NY Hardcore trouve place ici, What went wrong et son final à la flute à bec, marrant
mais on le zappera au bout de trois écoutes.
"I try to be a hippy but I forget how to love", qu'ils chantent sur le joyeusement bruyant Who's got the crack ? cette phrase semble résumer le disque
et ses deux créateurs. Trop dans les nuages pour être punks ou banquiers. Trop génération MTV Playstation pour le drapeau peace & love ? Adam Green vient de sortir un album Sixes & Sevens qui a eu le mérite de me faire découvrir ce petit machin bordélique qu'il avait sorti en 2001 avec sa
pote Kimya
Dawson.
Vidéo - Who's got the crack ?
Vous ai-je déjà parlé de Jason Collett ? Il y a un an, en fouillant dans les bacs de la médiathèque, je tombais
sur ce vieux portrait de mec crevé et mal rasé. Mon imagination le voyait accroché au mur du café de la marine de n'importe quel dock où matelots, vagabonds et malfrats de
toutes horizons grouillent. Ce disque m'a plu avant même d'en connaitre l'auteur, avant même d'en avoir entendu une seconde. Jason Collett, connais pas, Idols of
Exile. Cette musique m'est immédiatement apparue comme lumineuse. Une voix fragile, triste ou joyeuse mais jamais neutre, portée par un folk pop accoustique, et qui donne quelques
petits joyaux comme Brownie Hawkeye ou Pink Night. Le CD a fait quelques tours sur ma platine avant que je cherche en savoir plus sur le bonhomme:
songwriter canadien de Toronto, membre de Broken Social Scene, pote de Feist et Gonzales. Voilà qui me suffit.
Et puis voilà qu'un soir sur internet, je me rend compte qu'il venait tout juste de sortir un nouveau disque Here's to being here. Titre que j'ai trouvé con. Mais pas
autant que j'ai trouvé moche la pochette. Il est toujours mal rasé mais en train de réfléchir. Son nom est dans une vilaine police rose ringarde. Bref, ma fidèle mule est allé me chercher
ça. L'état de grace était fini. Tout ce pourquoi je m'étais enthousiasmé était parti. La touchante sincérité partie. Il sonne faux, avec des excès nasillards pour ressembler à Dylan, avec des hoo
hoo hoohoo hoo de mauvais Stone disco. Il veut sonner mec à la cool. Le folk inspiré est parti. Fait place un rock pour station FM pas inspiré. Je suis méchant ? oui et non. Il est pas naze
naze naze ce disque, tout n'est pas jetter, il est largement écoutable en fond, pendant qu'on fait autre chose, ranger des factures, laver la vaiselle ou remplir des mots fléchés. Il vous
agressera pas les oreilles. Mais pour tailler la route ou au contraire regarder le plafond allongé le lit, pas d'hésitation, je garde Idols of Exile.
www.myspace.com/jasoncollettofficial
"Dans ce rayon, ya 99% de merde" disait un gars à son pote. Moi, à côté, je m'indignais en silence. Je devais avoir douze ou treize
ans, j'étais devant les cassettes Hard/Metal de la Fnac et je m'en rappelle. Mes connaissances musicales se limitaient au live de AC/DC et un Iron Maiden, je voyais pas
comment il aurait pu exister quelques chose mieux. Quinze années plus tard, je mate des clips de metal sur une chaine perdu tout au fond du satellite (non je ne cherchais pas
de médiocre film érotique derrickéen, je vous vois venir). Au choix, le groupe joue ridiculement vite, le chanteur a une voix super grave, est déguisé en Ostrogoth avec une peau de bête
fraichement dépessée et traque une jeune paysanne innocente dans les bois. Ou alors, le groupe joue ridiculement vite, le chanteur a une voix super aigue, est déguisé en vampire et plante ses
crocs en plastoc dans le tendre cou d'une princesse immaculée. Que diable, laissez les blanches colombes en paix ! C'est marrant et je me dis que le gars de la Fnac avait pas tort, même si on
peut toujours batailler sur le pourcentage.
Et pourtant aujourd'hui j'écoute le dernier Electric Wizard et je trouve qu'il en impose. Witchcult Today et sa pochette représentant un démon portant dans
ces bras une jeune fille nue sûrement promise à un sacrifice humain. L'album est bourré de références occultes, tous les titres de Black Magics Rituals & Perservions à
Santanic Rites of Drugula en passant par Saturnine (Saturne est la planète des sorciers). The time is come, The end has begun et rare seront les élus ... A
ne pas prendre au 1er degré bien que les Anglais aient l'air bien perché dans le trip. Et le son lent et lourd, une pluie d'acide et de plomb qui ravage la campagne du Dorset.
Pas de bref et violent orage non, mais cette pluie de novembre qui martèle toute la journée. La voix en peine hallucinée hante l'éternité et le maitre de cérémonie nous sort
sa messe noire en lugubre charabia genre latin en verlant. Et vous feriez mieux de pas trop rigoler.



