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Semaine VII : Third, la bande son de 2008

2008, un grand cru, l’humanité n’en est pas sortie indemne. Son déclin s'est compté en morts le soir à 20h, avec à peu près cette règle cynique 1 français = 10 français sdf = 100 palestiniens = 1000 irakiens = 100000 congolais. Et puis le grand château de cartes bancaires s’est effondré et on s’est mis à parler en milliards d’euros ou de dollars. C’était toujours de la même manière, même pas statistique, juste une addition de chiffres. Sauf que là dans le ton monocorde habituel, on sentait comme un affolement. Sinon, fait archi mineur de cette année, Portishead sortait un nouveau disque après 15 ans d’absence. Jusque là, ils étaient pour la plupart le groupe d’un single triste et plaintif Glory Box, un titre pour mecs qui chialent, au comptoir devant une bière, leur femme qui a fini par se barrer. De loin, Third fait dans une électronique rude et un peu obsolète. Par moment un peu le bruit d’une usine automobile roumaine, dans d’autre celui du signal de recul d’un chariot élévateur. De plus près, Third est la bande son de cette année 2008 et quelques uns dans le coin ne s’y étaient pas trompés en le saluant dès sa sortie avec un enthousiasme qui me paraissait exagéré.

Car l’équipe de Bristol a mis tout ça sur bande, musicalement parlant bien sûr. Il n’est évidement pas question de dénonciation primaire 1- Les banquiers sont que des voleurs 2- La guerre ça tue trop … Il est question de ressenti. Les paroles évoquent beaucoup les problèmes relationnels mais la musique qui s’y superpose donne une autre dimension. Le mal être de l’humain est là. D’abord il y a l’anxiété qui née de Silence, puis la perte de confiance et l’amour propre qui s’évapore sur Nylon Smile. La terreur de l’oppression dans We carry on déclamé syllabe par syllabe. Le repli sur soi, l’incompréhension dans Small et Magic Doors. La chute et l’aliénation dans le refrain deThreads, la dernière de 11 pistes sur lesquelles le désespoir s’est répandu comme une marrée noire. On peut s’en aller loin sur ces chevaux blancs, mais ça ne reste qu’un rêve. Non, Beth Gibbons finit toujours écrasée par la mécanique de Geoff Barrow. Comme si l’humanité et tous ses meilleurs sentiments, toute sa splendeur étaient désormais impuissants face au rouleau compresseur de l’évolution technologique. Une lente perte de la personnalité, de la volonté et c’est au final la corne de brume d’un super tanker fantôme qui annone la victoire.

Il n’y a donc plus d’espoir ? Il y a la profondeur magnifique de la voix de Beth Gibbons, absolument digne du début à la fin mais qui ne peut que subir. Il y a ce soleil synthétique qui se lève la fin de Machine Gun, mais il ne parvient pas à faire taire les armes. Nous allons donc tous mourir. Tous, au moins il n’y aura pas de jaloux.