Je me suis mis à lire autre chose que le Rock & Folk ou les résultats sportifs il y a à peine plus d'un an. J'ai lu à mon rythme des titres de Vian,
Kerouac, Camus ou Steinbeck puis me suis vite retrouvé à cours de références vu mon inculture littéraire. Ne prenant pas le temps de parcourir les critiques, je me raccroche à ce que je
peux. Aussi il suffit que les impeccables Neurotic Swingers chantent "I live in
Bret Easton Ellis book" pour que je me retrouve avec American Psycho entre les mains.
Patrick Bateman est jeune, riche, beau et
plein d'ambition. C'est un financier de Wall Street, un yuppie. Il vit dans un appartement très cher rempli de trucs dernier cri très chers. Il a une toile très chère peut être accrochée à
l'envers dans son salon. Il a ses entrées dans les boîtes et les restos les plus courus de New York. Il porte les costumes les plus chics, va à la manucure, au salon de bronzage, dans une salle
de gym puis se regarde les abdos. Sa seule réelle angoisse est de pouvoir être mal coiffé. La nuit, il viole, torture, transperce, égorge, mutile. Car il n'y a que lui que Patrick Bateman ne
haisse pas. Ce jeune homme brillant est raciste, homophobe, mysogine et donc psychopathe. Quand il croise un clochard, il lui agite un billet devant le nez avant de lui crever les yeux. Il
peut poignarder un gosse dans un zoo juste pour regarder la réaction de sa mère. Mais là ou il s'amuse le plus, c'est quand il ramène des top models à l'appart. Aucune ne lui résiste.
L'amour est mort, la pornographie est reine. Il baise puis massacre, massacre, massacre, le sang, la chair. VIANDE VIANDE OS OS. Et il ne ressent rien. Juste de la colère quand ce foutu
pressing n'arrive pas à faire disparaitre les taches de sang des draps qui coutent une fortune.
Au cinéma, je suis toujours pour le mauvais. Je trouve Hannibal Lecter très brillant, son seul crime est d'aimer la chair humaine. Et alors ? Est on un psychopathe pour autant ? J'attends que
James Bond se fasse trouer la peau, qu'un dangereux criminel islamiste ou communiste explose notre putain de planète. Mais là non, on ne peut pas prendre du plaisir en lisant ça, on ne peut pas
suivre ces scènes d'horreur un méchant sourire aux lèvres. Non. Impossible. Ce livre n'est pas gore. Le gore, c'est massacrer une armée de zombis au tracteur tondeuse. Ce livre est froid et
cynique, pas la moindre trace d'humour, même noirissime. Est ce que le poids des mots est finalement plus lourd que celui des images ? Ou est ce que les auteurs se permettent des trucs que les
réalisateurs de film ne peuvent pas ? Je penche pour la deuxième hypothèse. American Psycho va progressivement dans l'horreur. Le jour, Bateman est sûr de lui, froid, à la
répartie redoutable. La nuit il tue méthodiquement mais l'auteur n'y fait qu'allusion. Puis il sombre petit à petit dans la folie, se drogue de plus en plus, sniffe et mange des cachets en
permanence. Sa vie et le livre n'est plus qu'un bain de sang. Il se retrouve à regarder le télé achat en machouillant un bout d'intestin ...
Est ce que j'ai aimé ce bouquin ? Non. Est ce une honte d'écrire des saletés pareilles ? Non. Un livre, un film est réussi du moment ou il ne laisse pas indifférent. Apparement, cette oeuvre
inhumaine s'est vendu par palettes entières, ce qui prouve que l'intolérable attire, que le lecteur veut être dégouté et choqué. J'ai bien lu le résumé du dos avant de choisir. Nous avons
surement besoin de sentir cette boule dans le ventre de temps en temps.
Une dernière chose, ce texte rentre dans la chaine bloguesque Crossover
initiée par Thom. L'idée est brillante: les musicos racontent un livre et
les bouquineux un disque.
Je donnerai un avis un peu différent du tien, dans la mesure où j'aime beaucoup le travail de BE Ellis, et "American Psycho" fait partie pour moi de ce qu'il a pu faire de mieux... je pense qu'au delà de la violence du personnage, il faut y voir une réflexion sur la société américaine... tout comme quand on voit un film avec des zombies ;-)
En dehors de cela, ça me fait plaisir de lire une chronique littéraire chez toi et c'est vrai que l'idée de Thom est excellente!
SysT
Ce qui est le plus horrible, c'est le comportement qu'on a face à ce bouquin. On a beau etre dégouté, on continue. Voir meme parfois, on en redemanderait presque (je me rappelle de scene ou j'avais hate qu'il arrete de se taper les mannequins et commence à les descendre... et je peux dire qu'avec le recul ca me fait peur).
C'est un livre marquant, qui ne laisse pas indiférent (quelques défauts de ci de là... mais bon)
Bref: un grand livre.
Bravo pour ta participation au crossover ! C'est marrant d'avoir choisi de parler d'un livre que tu n'as pas aimé ;-)
Je me permet une petite précision :
les scènes "gores" n'occupent qu'une place très restreinte dans le livre. Mais c'est toujours de cela que l'on parle le plus. Le livre est avant tout la description d'un cerveau malade et totalement déshumanisé, d'un type qui ne vit que dans un mode de paraître, de consommation et de capitalisme effréné. N'oublions pas que American Psycho est un grand livre politique. Si je me souviens bien il faut attendre au moins la moitié du livre pour que Bateman passe vraillent à l'action et détaille ce qu'il fait endurer à ses victimes.
L'horreur dans le film, c'est surtout l'Amérique reaganienne, celle des wonder boys et des yuppies. Les habitudes de ces gens-là, leur manière de penser et d'écraser les plus faibles...
Le culte du fric, des marque, des apparences a toujours été au cœur de l'oeuvre d'Ellis. Voir Glamorama, par exemple, un livre qui se passe dans le milieu de la mode ou bien ses descriptions de la jeunesse californienne des années 80 (Moins que zéro et Les lois de l'attraction). B.E. Ellis est le grand romancier d'une Amérique cauchemardée... A noter sa manière de jouer avec le fantôme de Patrick Bateman, héros d'American Psycho, dans Lunar Park, son dernier roman, où Ellis se met en scène en écrivain tourmenté par le fantôme de sa création la plus fameuse...
Systool => c'est vrai que Patrick Bateman personnalise une époque, l'écomonie écrasante et mon texte occulte ça pour ce focaliser sur la violence au 1er degré. Ce qui fait qu'on le hait avant même qu'il se mette à l'oeuvre. Ska l'a bien expliqué dans son commentaire.
Guic' => ta Kate Moss, saignante ou à point ? ;- (
Livrovore => en fait, quand je dis que je n'ai pas aimé, c'est que je n'ai pas pris de plaisir à la lecture. mais le livre est très bon. je l'ai choisi car c'est le dernier que j'ai lu et qu'il est marquant. donc encore frais dans mon esprit. j'ai hésité avec big sur de kerouac mais il aurait fallu que je le relise et pas le temps.
Ska => ta précision est très juste comme je l'ai dit plus haut.
Sinon j'ai oublié de dire que Bateman qui se voudrait un modèle de bon goût et de classe a des références musicales très douteuses (Genesis, Phil Collins, Whitney Houston ...)
SysTooL
Il y a bien longtemps que j'ai lu ce livre (le seul d'ailleurs que j'ai lu de cet auteur jusqu'à présent). Mais je me souviens m'être demandé en le refermant (un peu écoeurée c'est vrai, et le terme est faible), si en fait toutes les atrocités commises n'étaient pas en fait que de purs fantasmes jamais exécutées, mais vécus comme réels par un cerveau totalement détraqué (folie, drogue)... enfin, ce n'est qu'une hypothèse !
bravo pour ce billet !
Tu as raison aussi de parler dans les commentaires du paradoxe de ce type obsédé par l'image et le bon goût, mais dont les références musicales sont aussi "douteuses". C'est là encore une parfaite représentation du vide de ce monde, où tout est dans l'enveloppe, sans rien dans le contenu. La forme sans le fond. Il soigne dans les moindres détails son apparence, il est parfait de ce point de vue... mais sous ses vestes Armani et son physique avantageux, il n'y a rien, une âme vide. De la même manière, il parle des plombes de sa chaîne hi-fi dernier cri, il connait tout dans les moindres détails de ses capacités, la choisit et la transforme avec un soin extrême... tout ça pour y mettre des musiques complètement creuses et insipides.
Je partage ce que tu dis dans ta chronique... sauf quelques petites choses. Tout d'abord... j'ai adoré ce livre (comme tous les livres d'Ellis).
Ensuite, je suis d'accord avec le fait qu'il y a des scènes trop dégueulasses pour qu'on les lise avec un sourire au coin des lèvres... mais je me suis tout de même pris d'affection pour Bateman, j'étais de son côté et je voulais qu'il ne se fasse pas choper par les flics... même si ce qu'il représente m'est assez détestable.
D'ailleurs, faudrait qu'on fasse un club des "types qui sont pour les méchants dans les films". Car là, je suis comme toi, et on ne doit pas être si nombreux que ça. Peut-être est-ce une "déformation rock'n'roll", car un amateur de rock préfèrera toujours la provoc des Sex pistols aux sermons de Bono.
Un club, disais-je, car on en a marre d'être aussi souvent déçu à la fin des films, de voir nos héros se faire systématiquement exploser par de "bons flics sympas".
Moi, c'est bien simple, dans les dents de la Mer, je suis pour le requin ;-) c'est vrai quoi, qu'est-ce qu'ils ont à emmerder ce pauvre requin, la mer, c'est tout de même son garde-manger. Si les humains ne veulent pas se faire bouffer, qu'ils aillent à la piscine.
Et dans Prison Break, le type que je préfère, c'est le sociopathe amateur de gamines de 10-14 ans. Pourtant, il n'y a rien que je trouve de plus abject que la pédophilie... mais, rien à faire, quand je regarde la série, c'est le personnage qui me fait le plus marrer et que je trouve le plus intéressant... c'est grave docteur ? je prie pour que les scénaristes ne l'éliminent pas trop vite, j'adorerai qu'il arrive à se tirer avec ses 5 millions de dollars... mais voilà, l'audace pourtant étonnante des scénaristes de séries américaines a des limites, aucune chance, malheureusement, qu'il coule jusqu'à la fin de sa vie des jours heureux dans un palais entouré de gamines...
Après, il y a tout de même quelques exceptions. Quand le "méchant" n'est qu'un gros con, je ne suis pas forcément de son côté. Ou alors si héros est lui-même un peu taré, quand il a pas mal de failles, des zones dombre, qu'il est en cavale, et qu'il affronte des politiciens, patrons véreux ou militaires psycho-rigides... j'ai plutôt tendance à le soutenir...
Et c'est aussi une question d'acteurs... il y a des acteurs habitués à jouer les méchants qui sont vraiment irrésistibles dans ces rôles : Gary Oldman, Kevin Spacey, Christopher Walken, Tcheky Karyo, Dennis Hopper... La première revendication de notre club serait que se fasse un film où tous ceux-là dérouillent Bruce Willis, Tom Hanks, Tom Cruise et Kevin Costner... ce sera une première petite vengeance ;-)
steven seagal devra mourir après une longue souffrance
Sinon, je ne crois pas avoir jamais vu un film de steven seagal en entier, mais après le peu que j'en ai vu, en effet, je rêve de le voir mourir dans d'atroces souffrances ;-)
steven seagal c'est un vieux souvenir de cinoch pour occuper une aprem. il devait arreter un méchant qui voulait anéantir new york et donc avait du tuer à lui tout seul une bonne de centaine de ses sous fifres (qui devaient être armés de pistolets à eau pour pas l'avoir)
Le fait est que je n'avais pas prévu que quelqu'un parlerait d'un livre qui ne serait pas son kiff absolu, mais l'idée me paraît d'autant plus acceptable que je partage plus ou moins ton opinion sur ce livre.
J'apprécie énormément BEE, mais ce n'est pas forcément l'auteur qui m'excite le plus en terme de pur plaisir de lecteur. Or, c'est peut-être dû au fait que je me sois émancipé en tant que lecteur au sein d'une formation universitaire qui rime bien souvent avec formatage, mais j'ai souvent tendance, souvent même inconsciemment, à séparer clairement le plaisir de lecteur de la qualité d'un ouvrage.
"American Psycho" est pour moi un chef d'oeuvre, maintenant ce n'est pas un de ces chefs d'oeuvre qui font vibrer mon petit coeur. Un peu comme par exemple "White Light White Heat", du Velvet : je sais que c'est brillant, je le comprends, je peux expliquer pourquoi c'est brillant, je serais même capable d'en faire une analyse extrêmement poussée s'il le fallait...mais ça ne me procure pas un plaisir d'écoute aussi puissant que ce que je peux ressentir avec des disques considérés comme de moindre importance. Pour BEE, c'est un peu pareil : c'est un auteur formidable dont j'ai lu tous les livres...maintenant je ne me souviens pas avoir salivé à l'idée d'en attaquer comme ça m'arrive régulièrement avec (par exemple) Philip Roth.
t'as tout juste, je ne suis pas vrai apte à juger de la qualité d'un livre, de son écriture mais j'ai compris en lisant ce livre que c'était quelque chose de grand. et c'est plus le plaisir pur que je recherche dans la lecture.
sinon j'ai apprécié de commenter un livre pour le crossover et peut être que je remettrais ça si je suis inspiré (mais le bal des vauriens restera un blog majoritairement musical)
GT, créons ce club tout de suite!!!! :-)
SysTooL
Sys : Et moi qui pensais être seul dans ce cas... savoir que Klak et toi soutenez aussi les "méchants des films"... ça me met du baume au coeur :-)
sinon à 3, on est assez pour s'attaquer à bruce willis ? tom hanks pour commencer peut être ?
Lu lors de sa parution, après "Moins que zéro". C'est particulier mais j'avais pris ce roman au 3ème degré. Tout est tellement "too much" que cela en devient risible. Le livre permet d'avoir du recul. Il n'y a pas d'image en revanche, je n'ai pas vu le film. Et je n'ai rien lu d'autre de B E Ellis.