Mardi 12 mai 2009

Changer le monde, faire la révolution, voilà un thème plus que récurent dans l'histoire du rock et pourtant peux sont ceux qui ont soulevé l'inquiétude de plus de 4-5 parlementaires réactionnaires. Les pionniers du rockab' semant la terreur dans les foyers des Amériques profondes, oui. Les punks ? euh, à par les Sex Pistols, je vois pas. Donnez un couteau à un Ramone en 1977, il se le serait planté dans la main avant de faire peur à quiconque. Non ces deux mouvements ont marqué parce qu'ils étaient nouveaux et violents. Mais ils se sont vite brulés les ailes. Aujourd'hui, plus rien de neuf, et ça pourrait durer, sûrement jusqu'en 2320.

Cette année là, dans une pension dorée de Chine, les enfants s'ennuient, ils étudient mais ignorent tout de l'extérieur et font du sport, apprennent la culture du corp sain. Dans ce gigantesque élevage, une poignée d'enragés inventent une musique primitive. On a du mal à se l'imaginer mais elle pourrait ressembler à un mélange ultraviolent de traditionnel et de technologie inconnue. Ils vont être marginaux, hais, adulés puis tout va basculer. Marquis le leader s'évade et se retrouve dans les souterrains de Shangai, la plus grande ville de la plus grande puissance mondiale. La société s'étale alors sur trois couches: les exclus dans les caves, les plus riches dans les tours et le reste dans la suburb. Dehors l'environnement n'a pas évolué dans le bon sens, l'atmospère est irrespirable et le terrible soleil brule tout ce qui dépasse. Marquis débarque donc dans le quartier universitaire de la suburb avec des enregistrement de Stolon, le groupe de la pension. Et là, c'est le début du grand bordel.

Ce grand bordel, c'est le mouvement Er et il sort de l'esprit de l'écrivain de science fiction Catherine Dufour. C'est le punk qui renait 350 ans plus tard. L'auteur fait intervenir les différents acteurs comme dans Please Kill Me et Outrage et Rébellion se transforme en documentaire sur la scène en question. On note plusieurs points communs, d'abord dans les caractères. Il y a le dédain de ceux qui n'appartiennent pas au mouvement. Il y a les cyniques, les innocents, les poètes, les manipulateurs , les clones, les récupérateurs, les incapables, les jusqu'au boutistes. On peut jouer à qui est qui mais les héros ont quand même des personnalités propres, pas de plagiat. Lamonte pourrait être un descendant d'Andy Warhol et de Malcom MacLaren. Marquis lui a des chromosomes d'Iggy Pop, de Syd Vicious, une de ces pauvres icones pas foutu de se faire cuire des nouilles. Il y a le trash. La défonce effrainée qui transforme tout le monde en légume ou tend l'atmosphère. Le cul, c'est quelque chose ! Un appétit sexuel de bonobo hermaphrodite anime la pension, la suburb. Je veux ta peau Je veux ta bouche Je veux ton foie Je veux tes cornées Dans ce monde scientifique, le vocabulaire assez poussé en chimie, biologie, génétique refroidit, déshumanise et change l'homme en amat d'organes. Peut être que l'influence de William Burroughs qui de fait sentir quatre siècle plus tard, dans ce monde où les émotions et les rêves existent mais sont totalement étouffés. 
Et puis il y a l'irrémediable attirance pour le chaos qui détruit tout infime espoir à la naissance. La descente aux enfers de Johnny Thunder est un parcours de santé à côté de l'existance de Chang, Mark ou Noj.

Tout ce petit monde qu'a imaginé Catherine Dufour est très précis. Il y a les groupes amis ou rivaux, il y a les singles qui tuent, il y a les lieux qui pourraient être la Factory ou le CBGB. Et puis il y a la foule de ceux qui ont participé au mouvement Er. Et tout le reste qui le dépasse. Les quelques difficultés qui attendent le lecteur sont le vocabulaire scientifique et les quelques mots en chinois (ou inventés ?), peut être q'un lexique à la Orange Mécanique aurait pu être utile. Il y a l'espace, c'est pas évident de s'imaginer l'univers des pensions puis de la suburb. Quant aux personnages, si en lisant Please Kill Me, on sait différencier facilement Ron Asheton de Stiv Bator parce qu'on sait qui ils sont avant, c'est plus dur de se rappeler qui est Ashto et qui est Fado. Mais on s'y fait et on rentre vite dans Er. Quant au look, faut pas pousser.



Marquis est moche, quasiment muet, insignifiant, mais quand il monte sur scène, il agit comme un aimant, tous regards se fixent sur lui. Une personne qui le voit pour la première fois est soit dégoutée, soit fascinée. Sa vie peut être bouleversée à jamais. Le premier rang se fait vomir dessus et c'est un honneur.

Cette dernière année, j'ai vu quelques grands noms, The Raconteurs, Babyshambles, the Kills, Black Mountain. Oui cool mais il n'y a que le Brian Jonestown Massacre  que j'ai trouvé grandiose et j'ai eu de la chance. Il y a un mois de ça, on allait quitter le fastival Garorock, on passe par le petit chapiteau. Un gars est installé devant une table pleine de bouton. Il balance la sauce et un petit bout de femme sort de la pénombre,les cheveux oranges courts, un t-shirt xl de 2Pac sous un blouson en cuir, des collants noirs. Elle crie, scande, fait des mouvements brusques et robotiques. C'est Kap Bambino et cet lectro-punk est tout neuf pour moi. Le plus impressionnant hormis l'énergie dépassée, c'est le regard noir, il y a puissance extraordinaire là dedans, de la furie, de la violence. Et on se sent petit à côté, on sent le danger, on se dit que si quelqu'un au premier rang l'insulte, il mangera ses docks dans les dents. On se dit que si 5 millions de français marchaient dans la rue avec ce regard là, on serait pas loin de basculer ...



www.myspace.com/kapbambino

Par klak - Publié dans : A LA PETITE SEMAINE - Voir les 2 commentaires - Ecrire un commentaire
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Machin Chose

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