Les cinq de The Horrors ont vite mué. Ils avaient,
il ya deux ans de ça, assommé leur monde en le faisant rentrer dans le violent, noir, cauchemardesque Strange House. Difficile d'aller plus loin dans cette direction que
Gloves ou Draw Japan, il leur fallait évoluer sans perdre leurs valeurs démoniaques. C'est chose faite avec Primary Colours.
On savait bien avant la sortie, le premier extrait Sea within a sea était très Warholien tout au long de ses huit minutes, très classe, très soigné, j'avais aussi pensé
à ce moment au dernier Black Angels. On était loin de leur première irruption dans le monde Rock. Les guitares et le clavier se partagent toujours le son mais cette fois, on est passé du
côté de la New Wave, mais plus Killing Joke que Soft Cell rassurez vous. On rentre dans le disque sur une douce plage synthétique qui ouvre le dissonant Mirror's Image. On
réentendra souvent ces crissements par la suite, jusqu'à qu'ils deviennent insupportables sur le très lent I only think of you. On est dans les nuisances
sonores chères à My Bloody Valentine ou The Jesus & Mary Chains, mais entre temps, elles auront pu se retourner à leur avantage, notament pour la boucle rayonnante de Scarlet
Fields. C'est là qu'on doit saluer le travail de Geoff Barrow de Portishead à la production. Mais les gars de Southend ne passent pas une heure a regardé le ciel
leur pleuvoir dessus. Car en fait dès le deuxième morceau le ton monte, les guitares bourdonnent et le clavier envoie ces notes d'épouvantes, jusqu'à New Ice Age résolument punk.
Mais on n'atteint pas la sauvagerie passée. Il y a de la retenue. Il y a le même dédain, la même grandeur au fond de la voix, mais il y a de la retenue. Elle rajoute de la
prétention, on imagine le chanteur droit comme un i toisant le public d'un oeil sombre et sévère pendant que la pression monte sur I can't control myself (qui
n'a rien à voir avec celui des Troggs). L'horreur se fait plus diffuse. Il n'y a qu'à comparer les pochettes, l'outrage goth laisse place à une peur jaunatre et sans visage.
Les huit minutes de Sea within a sea éblouissent dans un final magnifique, un peu comme le reflet du soleil sur la houle. Mais on ne sait pas vraiment parce que ce disque
nous a quand même déboussolé, il grince, il est engageant puis très vite dangeureux, il ne montre pas son vrai visage. Peut être bien que The Horrors a réussi une deuxième
agression, bien plus sournoise celle là.
Primary Colours chroniqué aussi sur Le Golb
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