Jeudi 25 juin 2009

Des fois, il vaut mieux pas se poser trop de questions du genre Pourquoi j'écoute ce gloubiboulga ? ou bien Pourquoi ce machin est disponible en streaming ? ou encore Comment la nappe de psychédélisme répandu en baie de San Francisco en 1967 est arrivée sur la plage de Sao Paulo un an plus tard ? C'est surtout la dernière qui est intéressante mais je n'ai pas de réponse. Toujours est il que cette nappe a contaminé au moins trois brésiliens qui se sont mis à inonder leur bossa nova de distortions et de feedback. Tout d'un coup, le ciel était vert vif, la mer violette, les vagues molles de chewingum et le sable wahouw mouvant, j'en ai jusqu'au cou, vous croyez que je dois m'inquiéter ?

Ah oui, j'ai oublié, les frères Dias et la chanteuse Rita Lee ont appelé leur groupe Os Mutantes et ils ont eu raison tant ils ont mélangé leurs influences, tant on entend de tout sur le premier disque de 1968. J'étais pas au Brésil à cette époque pour savoir si la pop avait percé en ces contrées, mais j'imagine qu'elle restait marginale devant la musique populaire locale, donc ils ont dû passé pour des extraterrestres. Le disque s'ouvre en grandes pompes avec des trompettes digne de la Metro Goldwyn Mayer et puis part dans une pop naive et totalement hippie. On croierait entendre les Mamas & Papas et les Beatles aussi bien dans leur morceau innocent ravi genre Yellow Submarine que dans les plus hallucinés comme Lucy in the Sky. Et puis les rythmes du pays reprennent le dessus, strillés de riffs électriques. C'est un peu la seule constante du disque ces enchainements psyché-carioca, riches en divers instruments, sur lesquels chanteuse et chanteur posent leur voix douce. Sur Adeu Maria Fulo, la voix vient de loin, un vent intersidéral la ramène en plein carnaval, imaginez Syd Barrett se trémoussant sur un char à Rio ? Non pas quand même. Après, il ya un côté kitsh dans l'affaire, regardez déjà les accoutrement sur la pochette ! Et Baby aurait pu être chanté par Sonny & Cher. Et Le premier bonheur du jour ? Si un français avait eu la bonne idée de l'interpréter , on aurait pû gagner l'Eurovision 1968 !!! Imaginez la chanteuse dans une longue robe blanche chantant "le premier bonheur du jour, c'est un ruban de soleil qui s'enroule sur ta main" avec deux petits angelots qui font les choeurs, splendide. Que dit le juge soviétique, 10 ! Le juge grec, 10 ! C'est un triomphe ! On se calme. Le disque se termine par un hommage trainant à Gengis Khan, totalement embourbé dans les nuages.

Au final, on passe un bon moment avec ce disque jovial, inventif et spontané. Os Mutantes n'est jamais aussi bon que quand ils mélangent directement les deux cultures sur A Mihna Menina, Bat Macumba ou Tren Fantasma. Quelques grands noms figurent au générique de fin dont Caetano Veloso et Gilberto Gil. Je ne sais pas s'ils ont été repris ou s'ils ont collaboré au disque. Mes indics me disent que le groupe s'est ensuite perdu dans le LSD et le progressif pénible. Raison de plus pour savourer ce premier Os Mutantes.

 
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Par klak - Publié dans : A LA PETITE SEMAINE - Voir les 5 commentaires - Ecrire un commentaire
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