Vous vous rappelez quand vous étiez petit, sur la plage, vous regardiez un autre gamin qui construisez un chateau de sable avec
beaucoup d'application. Vous mouriez d'envie d'aller y mettre dans grand coup de pied dedans, ce que vous faisiez une fois que lui et sa famille avait plié bagage (courageux mais pas téméraire le
type). Pourquoi ? peut être une inconsciente vengence parce que vous ne vous sentiez pas capable de bâtir un pareil monument, sûrement un simple plaisir de destruction. Oui, détruire un
truc beau, c'est con voire méchant mais ça fait plaisir, ça soulage. En musique, l'équivalent existe, c'est la reprise punk.
Les mélodies des Beatles sont de l'avis général les plus belles, celles qui ont traversées les decennies et touchées chaque nouvelle génération. Viré toutes ces heures de
travail, tous ces arrangements millimétrés, ne garder que les paroles et remplacer tout le reste par une guitare saturée, c'est facile. Oui c'est facile et c'est ce qu'ont fait les
Punkles sur un album entier. Je ne pense pas que ce soit un vrai groupe, juste un truc monté pour l'occasion à mon avis. Toujours est il que quand ils jouent Love me
do, ils démarrent comme s'il s'agissait de Surfin' Bird, et ça, c'est un point pour eux.
Certains punks ne sont pas méchants, juste crétin. Quand ils font une reprise, aucune intention de casser du beau, juste se faire plaisir en adaptant un standard à leur style, c'est à dire à les
compteurs dans le rouge. C'est Joe Ramone qui chante le What a wonderful world de Luis Armstrong non sans une pointe d'ironie tout de même.
C'est les californiens de NoFX qui se marrent avec notre Au champs Elysées national.
Et puis il y a ceux qui en plus d'être courageux sont téméraires. Quand j'étais au collège, toutes les filles étaient folles de
Ace of Base, vous vous rappellez ? Le groupe suédois le plus connus depuis Abba. Le single s'appellait All that she wants. Moi, j'avais enregistré la version
bourrin à la radio. A l'époque, je disais bourrin parce que je savais pas que le mot punk existait. J'ai retrouvé les auteurs sur Youtube, ils s'appelaient Wizo, ils étaient
moches et laids, le chanteur ressemblait à Bernie Noel. Eux n'ont pas choisi un classique vieux de quarante ans, ils ont pris le tube du moment. Au mieux, ils ont payé en droits d'auteurs les
quelques sous qu'ils ont gagné, au pire, ils ont pris un procès pour plagiat et sont à l'heure actuelle ruiné pour trois générations.
Après, il y a les dangeureux, Les Cramps qui reprennent Fever et transforment le swing impeccable de Peggy
Lee en romance des bas fonds où on pourrait bien se faire planter dans le dos. La prêtresse No Wave Lydia Lunch s'associe à Rowland S Howard pour un
Some Velvet Morning malsain, bien loin de l'ambiance classieuse originale. Sur ces deux morceaux, il ne s'agit point de volonté de destruction gratuite mais plus de corruption.
Un peu comme si le gamin piégeait le chateau de sable plutôt que de le raser. Vicieux non ?
Dernier cas et pas des moindres, la synthèse. Sid Vicious, le crétin dangeureux s'attaque à Frank Sinatra, celui même qui affirma que "Rock n' Roll is the most
brutal, ugly, desperate, vicious form of expression it has been my misfortune to hear" (source Nevermind the Blogs) C'est donc tout un symbole, celui qui fut
accusé de tous les maux reprend un modèle de classe. My Way c'est pas la même. Le Sid s'avance sur scène, ruine le morceaux, le démembre, le réduit à néant dans une bouillie qui
ne peut prétendre à l'appelation de musique puis flingue l'assistance enfoncée dans de confortables sièges rouges. HA HA.
Comme souvent en terme de musique, ça commence en conduisant à l'écoute de radio Nova. Un Jumpin' Jack Flash totalement aérien m'emporte. A la fois construit
sur la sitar un instrument traditionnel, à la fois vraiment moderne. Quel est donc ce nouveau petit génie à tendance electro world me demandais je. Ananda Shankar. Le neveu du
maître. Le morceau vraiment moderne date de 1970. L'occasion d'une petite playlist de titres des Stones pas joués par les Stones.
Une fois ses Animals rentrés à la ménagerie, Eric Burdon vire son
vilain costume kaki et part pour San
Fransisco où il est fasciné par ce qui s'y passe. Il devient Eric Burdon the Black Man et son groupe War. il reprend Paint it Black lors d'un long jam entre
percus, violon, cuivres ... un air de Santana, un air gitan aussi.
Pas de reprise ici mais plus un cas de copropriété. Keith Richards et Mick Jagger ont écrit Wild Horses à Joshua Tree avec
Gram Parsons. Ce dernier en publiera une version avec les Flying Burritos avant que les Stones le sorte Sticky Finger. Tout groupe de country guimauve qui
se respecte a joué ce morceau.
Ni une reprise ni de la copropriété, mais du "écrit pour". En 1965, Marianne Faithfull et Mick Jagger sont un des plus fameux couple du royaume d'Angleterre
et il lui écrit son premier single As tears go by. Le titre est aussi sur December's Children des Stones sorti la même année.

Leur morceau emblématique, un des plus fameux de l'histoire du rock, c'est Satisfaction. Lui n'a pas été épargné par le temps. D'abord, c'est Devo qui tente
d'abattre le mythe avec une reprise qui, il faut bien le dire est un modèle de déhumanisation musicale. Plus tard, PJ Harvey et Bjork pousse ue
inquiétante chansonette sur une seule corde de guitare ultra tendu. Samantha Fox et Britney Spears comptent aussi parmis les vandales à s'être attaqué à (I can't get no)
Satisfaction.
Au moment au le punk a éclaté, les Rolling Stones faisaient dans le disco et certains n'ont pas pardonné. Quand on n'a pas de talent, il est assez
mal venu de ne pas accepter quelques erreurs de leur part en plus de quarante ans de carrière maintenant. Heureusement restent beaucoup de fidèles. Est ce que Rage against the
Machine pouvait faire un album de reprises sans Street Fighting Man ? Est ce que ce cher Ozzy Osbourne pouvait résister à Sympathy for the
Devil ? (et prétendre pa la même occasion au titre de la plus mauvaise reprise des Stones - C'est pas vrai, il fait exprès là ???) Et puis les punks Social Distortion en
tête suivi des Ramones du pays du soleil levant Guitar Wolf, The Generator et les plus anciens Flamin' Groovies, Stooges et
mille autres.
Et la France dans tout ça ? Et bien la France a les Rolling Bidochons qui, dans la tradition des grands artistes de notre pays, ne reprennent pas mais adaptent. Ce qui
donnent des pépites comme "Jeune pine, chatte flasque" (Jumpin' Jack Flash) ou encore "Laisse pas de nappes sous les fleurs" (Let's spend the night together) ou encore "Roger" (Angie). Chapeau
messieurs.
1888, Londres, en plein âge du charbon, les cheminées des usines noircissent le ciel déjà gris. Dans le quartier misérable de Whitechapel, cinq protistuées sont
sauvagement assassinées. Les journeaux s'en délectent et surenchérissent dans l'horreur. L'identité du criminel ne sera jamais établie mais une théorie lui donne du sang royal. Il
restera comme Jack l'éventreur, en anglais Jack the ripper. Le célèbre. Il ne fut pas le tueur en série le plus prolifique, mais un des premiers et l'atrocité des faits marqua
les esprits, victimes égorgée, évicérée, démembrée ... Il sera le sujet d'inombrables thèses, romans, séries TV, essais, films. Le rock ne pouvait pas rester en là.
Screaming Lord Sutch, faux aristocrate et personnage le plus exavagant du swinging London fut
le premier à chanter Jack the Ripper, il fut aussi un des premiers à donner une image théâtrale et macabre à sa musique, il conduisait un corbillard, il aimait monter
sur scène déguisé en l'éventreur, couteau de boucher à la main. Plus de quarante ans après, fini la série z et les choeurs pop. The Horrors est lugubre, ses membres ne portent que du noir et se consument au
contact du soleil. Un de leur premier morceau est une reprise du Lord qui crie et grince, méchament punk. Entre beaucoup l'ont joué notament Motorhead, les
Black Lips ou les White Stripes sur scène.
L'éventreur en a inspiré d'autres. Le rock n'a jamais caché sa part d'ombre et le la mort, le chaos y ont autant d'importance que l'amour. A commencer par Nick Cave et
ses Bad Seeds qui mèlent à la colère, la douleur dans un tempo lent et pesant, il a une femme qui le martyrise à la maison et qui hurle Out Jack the Ripper quand il essaie de l'embrasser, il y parle aussi de couteau, de
hachoir. Jack the Ripper, c'est aussi
un groupe français, huit parisiens qui porte ce nom en l'honneur du morceau de Cave. J'avoue que je ne connais pas du tout mais je n'ai lu que des choses positive à leur sujet. C'est
aussi une chanson de Morrissey, "Crash into
my arms I WANT YOU You don't agree - But you don't refuse I know you" dans le rue sombre de Whitechapel. Triste et funeste.
...
l'histoire d'un gars amoureux à se taper la tête contre les murs toute la journée d'une fille qui hésite avec un autre et peut être encore un autre. Mais son petit doigt lui a dit qu'elle sera
bientôt sienne. Quand ça sort de la bouche d'un grand séducteur de la soul comme Marvin
Gaye, ça donne le plus gros hit des 60's (en 1968 exactement) de la légendaire maison Motown. Le morceau devint un classique et fut repris maintes et maintes
fois blah blah blah ... mais je retiendrais deux autres versions.
Creadence Clearwater Revival est un peu l'anti Marvin Gaye, la moustache et les chemises à carreaux c'est moins sexual healing. Les CCR
furent avec The Band les représentants d'un rock campagnard un peu oublié aujourd'hui. Mené par le hargneux chanteur John Fogherty, ils livrèrent en 1970 une version de
I heard it throught the grapevine bougrement
efficace.
The Slits est un peu l'anti Creadence Clearwater Revival. Ces sauvageonnes ont 16 ans quand elles débarquent dans le paysage punk anglais. En 1979, elles posent en
amazones seins à l'air sur la pochette de leur album Cut. Il n'a de punk que son irréverence, le son est alors totalement inédit, sorte de reggae dub tribal funkoide. Le dernier titre I
heard it throught the grapevine n'y coupe pas. La chanteuse Ari Up y met toute son exantricité. La voilà en solo live quelques années plus tard, avec des dreads qui
touche presque par terre.
Une basse qui avance sur la pointe des pieds, des doigts qui claquent en rythme, une voix qui swingue "you don't kow how much I love you, you give me
fever ..." Vous avez forcement tous entendu ça un jour ou l'autre mais ne savait peut être pas qui chante (je ne le savais pas hier). Il s'agit de Peggy Lee, chanteuse de jazz et
actrice née en 1920 qui connu son plus gros succès en 1958 avec ce Fever mais la dame n'est pas l'enfievrée originale. Le morceau a été écrit deux ans auparavant
et interprétée par Little Willie John chanteur de rythm & blues 50's hall of famer du rock.
Le titre tranversera les décennies suivantes subissant des dizaines et des dizaines des
reprises devenant ce qu'on appelle communenant un classique. Ray Charles, Madonna, Elvis, James Brown ... l'ont
joué. Boris Vian l'a adapté en français sous le nom de 39 de fièvre. Mais bon tout ça je l'ai jamais entendu et je vais pas vous recopier Wikipédia, vous allez me griller. Mais
je l'ai entendu en rentrant cet aprem par une chanteuse reggae nommée Susan Cadogan. Avec une voix chaude et douce, des effets, ça passait très bien. Et puis, moins doux, sourire
pervers aux lèvres, je ne sais pas quelle fièvre veulent refiler les Cramps. On sent le danger imminant. Roméo et Juliette dans les nuits grises des bas fond de New York.
Ils vous embrasseront mais en profiterons peut être pour vous poignarder dans le dos ...
Voici trois versions, dans le désordre, par Peggy Lee, the Cramps et ... Céline Dion (je suis vraiment démoniaque)
Derniers Commentaires