Le premier album de Lighning Dust, Invitation Songs de The Cave Singers, deux
disques dont je vais vous parler dans le même article, deux disques qui n'ont pas de point commun hormis le fait qu'ils font partie d'une même commande compulsive chez Amazon.
Lightning Dust est un duo formé de Amber Webber et
Joshua Wells, respectivement chanteuse et clavier chez Black Mountain. Quand on sait l'effet qu'a fait sur moi la découverte de ce groupe, on ne peut pas être
étonné que ce disque ait éveillé chez moi une certaine curiosité. Chacun fait ce qu'il sait faire avec beaucoup d'application, ce qui donne un espèce de folk synthétique. Le sérieux de la
chose éveille quelques craintes de prise de tête quand arrive ... un relent de Bananarama ?! Le rythme s'emballe mais Amber ne suit pas, on dirait qu'elle ne peut pas se lâcher. Après
ça, les premières impressions se confirment, le duo est vraiment trop sérieux et le disque risque d'être pénible s'il tire en longueur. Miss Webber use et abuse des tremolos qu'elle
tire de sa voix.C'est coincé, c'est d'une solemnité de cathédrale qui touche au ridicule par moment. Heureusement, les deux ont pu se laisser aller au moins une fois, c'est pas la grosse
marrade, mais Heaven (lecteur deezer =>) est d'une douce mélancolie, de celle qu'on aurait voulu entendre un peu plus sur ce disque.
Pour les Caves Singers aussi il s'agit d'un premier album bien qu'ils semblent plus mûrs. Le guitariste Derek Fudesco était avant chez les Pretty girls
make graves (nom qui me dit quelque chose mais je ne sais absolument pas quoi) On est ici avec une musique rurale, essentiellement accoustique, mais pas un folk paisible. Bien
que le début soit, il est vrai, plutôt tranquille, la guitare est très active et fourmille de plus en plus, la
voix nasillarde est tendue. La basse aidée par diverses
percus hypnotise et un truc qui doit être une guimbarde bourdonne. L'agitation croît pour atteindre vite son sommet sur Dancing on our graves (lecteur deezer =>), entêtant, on
se croirait en pleine danse indienne après absorbsion de tisane aux herbes locales. Plutôt spécial. Ensuite le rythme redescend, mais le groupe est nerveux et reste de la tension dans
l'air. Dans ce grand ouest, les Caves Singers ont de l'âme et leurs fantômes mais on reste loin des Violent Femmes dans les tourments et la déjante, loin de la beauté hantée des
Sixteen Horsepowers.
Si j'avais regardé avant au dos de Invitation Songs, j'aurais vu "Backup vocals on Seeds of the night by Amber Webber" et "Drums on Royal lawn by Joshua Wells" et
aurait compris pourquoi je suis passé si vite d'un Myspace à l'autre. Quant à pourquoi j'avais un onglet Amazon ouvert à ce moment là, mystère. Toujours est il que ces deux groupes issues
des labels indé les plus en vu, Jagjaguwar et Matador m'ont charmé dès les premières secondes d'écoute. Si au final, j'ai quand même un avis positif sur les Cave
Singers, Lighning Dust m'aura franchement déçu.
www.myspace.com/thecavesingers
Est ce que quelqu'un a lu "Le portrait de Dorian Gray" ? Comment était le personnage Sybil Vane ?
Une beauté pale, exaltée, avec quelque chose de dramatique dans le fond des yeux ? Car c'est un peu ainsi qu'est la musique du groupe qui a choisi de porter son nom. Quand
vous aurez mis leur disque en route, ne pensait pas vous installer bien au fond d'un fauteuil et vous laisser porter tranquillement, non la musique est de celle qui vous amène dans ses
tourments.
The Locked Suitcase installe une atmosphère particulière, attirante mais avec un quelque chose non indentifié d'inquiétant. Ca se matérialise par une voix sensible mais
grave, par l'apport majeur d'instruments habituellement additionnels, piano, violon, cloches, une espèce de boite à musique ... et puis par un son général indie pop volontaire qui
avance vers la noise avec un rythme martelé, des mélodies brisées. Alors qu'on avait démarrer avec des morceaux tout à fait avenant comme Say the word, on se retrouve assez vite
dans l'orage électrique Meeting the wolfman. Pour se faire les palois ont employé les grands moyens en allant fignoler leur deuxième disque à Montréal chez
Howard Bilerman, à qui l'on doit entre autre le Funeral de Arcade Fire. Ce n'est pas l'assurance de pondre un chef d'oeuvre mais au moins on
sait qu l'on bosse avec qui connait le métier et qui sait utiliser les instruments divers et variés pour créer un univers propre. Un univers dans lequel quelques guest sont conviés. Mike Garson, pianiste chez David Bowie et puis l'autre
prêtresse du New York punk, Lydia Lunch en personne vient déclamer plus que chanter un de ses textes Whores ! d'une voix froide et vindicative.
Et puis il y a le bruit des vagues pendant plusieurs minutes, ce qui fera envie à ceux qui n'ont jamais vu la mer et qui calmera les stressés, les hypersensibles que les douzes histoires
enfermées dans cette valises auront boulversés. Le groupe a choisi des chemins plus expérimentaux et pas des plus confortables. La pop aérienne de leur premier Paradoxes a fait
place à un rock instable pas vraiment dans l'air du temps musicalement parlant mais ne le monde dans lequel nous vivons est comment sinon instable ? Le disque sort sur leur label A
tant rêver du roi dans un emballage très soigné avec un livret richement illustré, un côté visuel qui semble leur être très important. Espérons
pour eux que l'audace paiera (sans parler forcement monnaie).
Ecouter The Locked Suitcase sur Deezer.
Voilà des gens que j'aime bien, que j'ai l'impression de connaitre, bien ce ne sois absolument pas le cas. Leurs chansons sont tellement humaines, dégage
une telle sincérité dans la joie comme dans la tristesse. Je voudrais les avoir comme voisins même s'ils ne sont que rarement chez eux. Aller y partager un pack de bières en sortant du
boulot, taquiner les cordes d'une guitare sèche juste comme ça, écouter les frangins Herman Dune raconter des anecdotes, pas des histoires de gars qui ont tout fait tout vu
non, mais du stop sur les routes de la campagne anglaise, des illuminés rencontrés dans des bars quelconques ... David se marre dans sa barbe fleurie, un vrai moulin à paroles, à
ses côtés, calée au fond du canapé en cuir tout rapé, sa copine affiche un sourire radieux, de ces sourires qui vous éclairent toute une pièce, qui vous font sourire sans raison. C'est elle qui
lui inspire la plupart de ses morceaux, des joyeux quand ils sont ensemble, des plus mélancoliques quand ils sont loin de l'autre. Les paroles peuvent parfois paraitre naives ou simplistes mais
moi je les aime bien, ils sont beaux à voir tous les deux et des fois je les envie un peu, c'est vrai qu'en ce moment j'ai pas trop l'occasion de les sortir ces Baby Baby you're my
Baby. Et il lui dit My home is nowhere without you. Et il me dit When the sun rose up this morning, my baby kissed me on the mouth. Et ils se disent Up in
Portland Oregon or in England in London, call my name and I will run ou Baby I don't want to be without you. Et je trouve qu'il exagère quand il dit an airplane is nothing if
you compare it to a pelican (c'est vrai, c'est n'importe quoi).
Je ne trouve pas de différences majeures ni de grandes évolutions entre ce Next year in Zion et le précédent Giant de 2006. Toujours ce mélange de belles
chansons poignantes et d'autres décontractées et légères. Toujours ces récits qui vous font voyager, même sans grande maitrise de l'anglais, des phrases claires vous arrivent
parfaitement visualisables de Paris à San Francisco. Ne pas avoir de maison, ne pas s'être lavé de quinze jours et être le plus heureux du monde. Même si c'est peut être exagéré voire faux,
voilà de quoi séduire tous ceux qui rêvent d'évasion pas au Club Med de Djerba, tous ceux qui se sentent à l'étroit dans leur petit confort qui pourtant ravirer 99% de l'humanité. Mais ce
disque a comme défaut la même irrégularité que Giant, des titres qui vous plaisent immédiatement, Someone knows better than me mon préféré, suivis d'autres moins bon, comme
My Baby is afraid of sharks tiré par les cheveux. C'est ça qui fait que Herman Dune reste dans les groupes que j'aime bien et ne passe pas encore dans ceux
que j'adore.
Ils sont arrivés en France l'an passé avec un premier album vieux d'un an. Leur nom était une référence un peu trop directe au Velvet
Underground, le Black Angel of Death, morceau inaudible pour ma part mais forcement génial puisqu'il est sur le disque à la banane. Leur musique était d'une sobre et sombre classe,
le chant sévère, Passover très bon, ne volant pas ses influences. Les fans de rock psychédelique n'allait pas attendre longtemps pour avoir un deuxième aperçu des talents des
Black Angels puisque Directions to see a ghost sortait au printemps 2008. Passé l'effet de surprise, allaient ils confirmer ? Là était la
question.
Aux lignes brisées et au noir et blanc de la première pochette succède les courbes rouges et vertes hallucinogènes, ce qui ne donne pas un disque plus chaud pour autant. Au contraire
Directions to see a ghost amène les Texans plus loin sur la route du désanchantement. Les morceaux sont encore ralentis et rallongés, le chant se rappoche du lugubre. Si
bien que tout le monde a sorti le nom de Joy
Division du tiroir où sont rangés les influences faciles à placer. Ce qui recoupe le seul reproche que je ferais au groupe: après un excellent début, il
pousse un peu trop loin la sinistrose et par moment elle fait vraiment artificielle, j'ai l'impression qu'ils en font un peu trop. Le côté Velvet se travaille, celui Joy Division, c'est plus dur.
Et puis il y a la sitar intersellaire de Deer-Ree-Shee alors qu'on avait déjà noté des sonorités orientales sur le premier You on the run. Et puis il y
a Never/Ever. Le groupe a par le passé beaucoup mentionné les guerres d'Irak et du Vietnam. Ici, ils passent à l'étapes suivante, un hélicoptère se pose dans le désert et le
morceau prend au final des allures de The End. Quand un réalisateur tournera le Apocalypse Now irakien, est ce qu'il choisira ce titre pour un
final dramatique et décadent dans le palais de Saddam Hussein ravagé par les bombardement ? J'en étais presque à accuser les Black Angels de d'un mélange de suffisance et de maneuvre
calculée quand je me rends compte qu'ils sont bel et bien passé dans la strate supérieure. Que l'atmosphère, toujours aussi grave, est maintenant hantée, sûrement par le guerrier
indien revenu parmi les vivants, celui qui se trouve au centre de l'artwork. Que tout format classique a été abandonné pour des titres qui s'installent puis ensorcellent l'auditeur
pour le sortir de l'espace temps (carrément).
Directions to see a ghost n'est pas accueillant. Il faut forcer ses premières réticences puis ensuite se laisser porter dans les méandres acides jusqu'à la fin des seize minutes de
Snake in the grass, de son lent flot qui charrie grincements, cris et voix étouffées.
Je me rappelle très bien mon premier contact avec les Black Keys. En 2003, dans un magasin, j'avais machinalement mis les écouteurs
du rayon indépendant et le lent et lourd déluge électrique Thickfreakness en était sorti. Je m'étais dit Wahouwww ! et avait embarqué le disque ... pour le faire
tourner une fois puis le ranger pour longtemps dans l'armoire. C'était trop tôt, à l'époque j'aimais les truc plus sautillant. En 2008, j'écoute avec attention à la radio un titre dans la
veine rock teinté de folk emmené par ce qui ressemble à un banjo, "just a psychotic girl" faisait la voix désabusée. Les Black Keys ! Etonnant mais pas temps que ça.

Le duo guitare batterie avait enchainé très vite quatre albums et un ep (Chulahoma: Songs of Jr Kimbrough) de 2002 à 2006 et a sûrement éprouvé le besoin de se
renouveler, ce qui s'entend dès les premières notes de ce Attack & Release. Le style ancestral qui les a fait connaitre, ce rock blues poisseux et pesant,
grandiose mais dénué de tout ornement ... la recette commençait peut être à s'épuiser, à lasser ses deux géniteurs. Ils se sont dit pourquoi pas un peu de luxe ? Pourquoi ne pas
s'embourgeoiser un peu après tout ? Alors ils ont prit Danger Mouse à la prod. Le gars responsable des sons de Gorillaz, Gnarls Barkley ... à priori à des années lumières de
l'esprit minimaliste des Black Keys. Ils auraient pu s'y casser les dents, ne plus pouvoir décoller de ce confortable fauteuil, mais non. La forme a certes évoluée. La musique s'est
enrichie avec la participation d'orgues, d'autres guitares et divers effets sonores. Un Remember when (side A) rêveur, un Psychotic Girl tendant donc plus
vers le folk, la participation de la jeune chanteuse Jessica Lea Mayfield sur la belle ballade finale, une flûte en ouverture d'un Same Old Thing ... pourtant
terriblement blues. Car le fond n'a pas bougé. Comptez pas sur Patrick Carney et Dan Auerbach pour renier ce qu'ils ont fait. En second morceau, I got
mine le prouve très vite et puis écoutez Lies d'abord pesant puis qui s'envole vers les astres, absolument magnifique. Et puis la voix n'a pas changé, forte en émotions
bien que jamais elle ne laisse entrevoir un sourire ... C'est ça l'esprit des Black Keys.
Le groupe a réussi le pari audacieux de se donner beaucoup plus de moyens pour enregistrer sans y perdre la face. L'avenir nous dira s'il s'agit d'un changement de cap définitif ou bien
juste une parenthèse.
Ecouter Attack & Release sur Deezer
Chroniques de ce disque chez Planet Gong et chez Freretoc
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