La
recette du premier album parfait est très simple, il n'y a qu'à se pencher sur celui des anglais de Art Brut, sorti en 2005. D'abord le titre qui fait mouche. Bang Bang
Rock & Roll, dur de faire mieux, ça annonce la couleur, après faut pas décevoir, si c'est de la soupe fade qui sort des enceintes, on passe pour des cons. On peut le débuter par un
hymne, non non, on le garde pour plus tard, le mieux c'est d'attaquer par le titre fondateur. Celui qui pose d'entré le style, qui dit haut et fort qui on est et quelles sont nos ambitions. Dans
Formed a band, Eddie Argos et ses sbyres disent qu'ils vont écrire une chanson qui deviendra encore plus connu que Happy Birthday et ils la joueront 8 semaines
consécutives à Top of the Pop. Groupe très malin, ambitieux avec pas mal d'humour. Et puis le style est là, il saute aux tympans. C'est comme le titre l'avait annoncé, ça détonne. Mais pas comme
des milliers d'autres, Argos parle et scande plus qu'il chante avc énormement de personnalité. On dirait un prêcheur fou avec les flammes infernales au fond des yeux. Ce regard, il le
promène partout autour de lui pour nous raconter des histoires, comme celle du nerd qu'est son Little Brother, portrait dans lequel certains se reconnaitront.
Au moment où on se dit que cet humour tranchant et ses chutes impitoyable pourraient laisser présager d'une prétention sans limite arrive Rusted Guns of Milan. La flamme est
éteinte par un grand désaroi, celui de la panne de l'érection. On entend bien que ce pauvre Eddie est désolé. Il fait preuve d'une sincérité touchante. C'est bien le premier (à ma connaissance) à
en faire part à son public alors que c'est arrivé à d'autres avant, même à Hendrix, Plant, Richards ou Daltrey je suis sûr. Pour l'occasion, le groupe sort les choeurs pop, on les retrouve
plus tard quand, lassé de la grisaille ambiante, il est temps de réfléchir à a Moving to LA. Descendre Sunset en Harley pour aller voir Axl Rose, ça a de la gueule.
Je découvre ce disque en tout point remarquable que maintenant. Pourquoi ? Le hasard et parce qu'il est sorti en 2005 et en 2005,
le renouveau du rock, les groupes en The, les nouveaux rois hebdomadaires d'Angleterre, tous ces branleurs surestimés ne m'indifféraient. Razorlight était mauvais, les merdeux de Paris me
faisaient rire, les Dirty Pretty Things étaient décevantes, les Raconteurs, les Arctic Monkeys étaient bon mais ne m'intéressaient pas, et donc je ne les écoutaient plus et passaient loin à côté
de ce premier Art Brut. Avec un peu de recul, on peut dire qu'il restera sûrement comme un des meilleurs de cette nouvelle vague 00's. Bien plus de personnalité que les
Strokes, moins mégalo que les Hives avec en plus une sensibilité pop attachante. Il y a des chances qu'en regardant en arrière à la fin de la décennie, je ne
voie plus que le romantisme bordélique des Libertines et la gouaille de Bang Bang Rock & Roll.
Ce disque pue, un peu comme
une pièce humide qui aurait pas vu le soleil ni senti le moindre courant d’air depuis un bon mois, avec un rat crevé derrière l’armoire. Et pourtant ce Closer de Joy
Division est la référence qui fait bien pour des centaines et des centaines de groupes actuels de rock minimaliste et sombre avec chanteur maigre et jaunatre de teint. En fait, c’est la
base involontaire et primitive de la new wave (Isolation), gothique (The Eternal), de l’indus (Colony) et même je suis sûr que dans le black
metal, beaucoup ont l’objet. Oui, ce vilain truc bricolé au son exécrable et voix de blatte malade est la pierre angulaire de tout ça. Mais le paradoxe est que tous ces poseurs, toute cette
branche de la musique pour qui l’apparence et l’esthétique est essentiel descendent d’un groupe et même d’un homme à la sincérité désarçonnante. Et c’est bien ça qui me pose problème, cette odeur
de mort n’a rien de joué. Même la noirceur du Velvet avait un côté joué, ici rien. Notre homme Ian Curtis est un pauvre gars malade physique et psychique, suicidaire.
Inexorablement attiré par les ténèbres, l’horreur et fasciné par la pire de toute, l’holocauste. Le premier titre résume la chose : Atrocity Exhibition. Ca 30 ans qu’on
l’écoute mourir en se disant que c’est génial. Sa voix est désespérée mais pas touchante et jamais belle, on y sent des fois quelque chose de menaçant qui vous fait faire un pas en arrière. Quand
ils tentent quelque chose d’entrainant avec Isolation, ils feraient passer All tomorrow’s parties pour de la salsa endiablée. Et quand ils deviennent punk
avec twenty four hours, c’est carrément flippant, Ian Curtis gronde d’outre tombe, l'être fragile prend une dimension démoniaque et le groupe creuse toujours plus
profond que le fond.
Ce disque est le pire que je connaisse. Attention « pire » ce n’est pas rien. L’adjectif ne peut s’appliquer
à quelque chose de morne, médiocre, plat ou même mauvais. Le metal symphonique dégoulinant de violons écœurants ? Ce n’est qu’une mode, dans 3 mois on en parlera plus. Le rock pompeux qui ce
veut grandiose de U2, Muse, Queen etc etc ? C’est pas assez. Les semi remorques remplis de synthé de Yes, les solos de 25 minutes de Van Halen ? C’est ridicule et puis tout le monde a
oublié. Non même les guitares gyrophares et la batterie feu d’artifice de Kiss ne peut y prétendre car le ridicule de tout ça, ce n’est que le grand cirque du rock’n’roll. Et les membres de Joy
Division seraient bien les derniers gars à faire les guignols sur scène. Je ne connais rien qui dégage un tel malaise, tant de désespoir et d’angoisse. C'est ce que n'a pas compris tout ces ptits
gars avec une frange sur les yeux. Ils n'en gardent que vaguement la forme minimale et robotative en laissant le fond à quelques allumés.

En cadeau parce que je suis un mec sympa, une reprise de Love will tear us apart qui a un petit
charme nordique.
L'imperfection peut avoir un charme fou et les 46 minutes 33 secondes de ce Moldy Peaches n'a pas dû nécessité des
mois et des mois de studios plein d'ingénieurs. Peut être 52 minutes. La sincérité de la chose et le plaisir du groupe sont donc évident et font qu'il séduit à coup sûr. On peut entendre la
chanteuse déguisée en lapin s'étrangler ou être pas loin du fou rire. 19 titres quand même dont pas mal de délires These burgers are crazy These burgers are crazy ... un espèce de folk
urbain (vous avez tous entendu le joli Anyone else but you récemment dans une pub pour je sais pas quoi) touchant bien qu'on se demande des fois s'ils seraient pas
en train de débiter des insanités, des morceaux plus rock mais tous ont un côté bricolage prononcé. D'ailleurs si le garage est originellement le rock que faisaient les gamins des 60's dans le
garage de leurs parents, alors la musique des Moldy Peaches doit être du T1 ou alors du Studio meublé. Parce qu'ils doivent pas avoir de garage ni de voitures a y mettre dedans.
Parce que pas besoin de chercher loin pour trouver les origines New Yorkaise de Kimya Dawson et Adam Green. Bien que le disque soit très personnel, les morceaux
rock font penser à Sonic Youth (Greyhound Bus), ils tentent un rap très Beastie Boys et même l'impitoyable NY Hardcore trouve place ici, What went wrong et son final à la flute à bec, marrant
mais on le zappera au bout de trois écoutes.
"I try to be a hippy but I forget how to love", qu'ils chantent sur le joyeusement bruyant Who's got the crack ? cette phrase semble résumer le disque
et ses deux créateurs. Trop dans les nuages pour être punks ou banquiers. Trop génération MTV Playstation pour le drapeau peace & love ? Adam Green vient de sortir un album Sixes & Sevens qui a eu le mérite de me faire découvrir ce petit machin bordélique qu'il avait sorti en 2001 avec sa
pote Kimya
Dawson.
Vidéo - Who's got the crack ?
La colère divine s'est abattue sur le
Capitole. Des centaines de sirènes retentissent dans tout DC. La ville est plongée sous un épais brouillard de poussière et de fumée. Des gens hagards courent sans but dans les rues. Un des
symboles de première puissance mondiale détruit par le Père créateur. Cette vision d'apocalypse sort d'âmes mauvaises, pas des guides d'Al Quaida, non, d'autres terroristes, sonores ceux
là. Agression hardcore, délire mystique. Ces gens là se démarquent de la mêlée boueuse, des concerts pugilats, chant braillé et coup de pompe dans les dents, démonstration de force
absolument vide. Ici, le cas est intéressant, dangereuse double personnalité, totalement hors contrôle ou d'un calme inquiétant sur fond d'ultraviolence punk lourde puis supersonique. Reggae
hypnotique bourré de dub grave et froid, leur peuple est affamé. Jah leur a demandé de garder la Positive Mental Attitude et Babylone chutera ... un obus tombe sur les ruines encore fumantes.
Sortis de Washington fin 70's pour mettre fin au règne de la bourgeoisie, les Bad Brains sont les rastas hardcore. Curiosité mais pas bêtes de foire. Banni de DC, ils partent la tête haute secouer les légumes héroinomanes du
CBGB à New York et mener une existence chaotique de bientôt 30 ans. Je me demande s'ils se sont inspirés du Londres de Don Letts et du Clash ou si au contraire, ils se sont fait en parallèle,
fruit non comestible d'une ville berceau de la scène hardcore et plus importante communauté noire des Etats Unis. L'attitude, la force et l'authenticité de la chose me font pencher vers la
deuxième hypothèse.
http://myspace.com/badbrains
Voilà un disque auquel je suis beaucoup attaché, ce 1er album des Islandais de Sigur Ros. Un disque à savourer dans le noir au fond de son lit, les yeux fermés, on change d'univers. On
se retrouve dans les splendeurs des profondeurs marines, au milieu de bestioles bizarres. Tout est ralenti, lent, pas mou, juste lent. On écoute la mystérieuse beauté du chant des baleines. Cette
voix si étrange dans cette langue inconnue, on se demande si elle est humaine, si c'est des choeurs d'elfiques. La majorité des Islandais croie en l'existence des elfes. Non, en fait ce disque
est terriblement humain, ll n'y a pas la nervosité, le stress, la dictature du paraitre de notre monde occidental industriel. On y entend des joies et des peines des plus simples et des moins
artificielles, on y prend le temps de vivre, aucune urgence . Et on se dit que sur cette terre ingrate vit une autre civilisation que la notre, des gens aussi étranges que les Sigur Ros ou
Bjork, en totale liberté artistique, entre bouillenement volcanique et glace arctique. J'ai du coup une certaine curiosté envers cette île. Et je m'imagine plus facilement déambuler dans les rues
de Reykjavik que me dorant le ventre sur une plage de Sant Domingue au milieu de gros et grossiers touristes que je hairai forcement. Délaisser le soleil tropical pour le vent glacial. Vous allez
me dir que je suis pas normal. Merci. Je suis définitivement du côté de Sigr Ros et de ses longs morceaux au milieu desquels on peut trouver une minute totalement silencieuse puis entendre
souffler le blizzard polaire puis des violons orchestrés à la perfection, puis de lentes guitares saturées, un orgue sorti de "Riders on the storm" et le chant des baleines. 70 minutes de rêves
hors du temps réussies par Sigur Ros et ce 1er album miraculeux.
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